Meryem Benm'barek

PORTRAIT

Interview d’une réalisatrice,

femme de POUVOIR 

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L'art au corps

Réalisatrice engagée

Notre première rencontre avec Meryem s’est faite sur le toit d’une friche Marseillaise. 

Décor extérieur nuit - mistral et projection d’un classique sous les étoiles - soir d’été. 

Notre deuxième rencontre sera avec son cinéma - une plongé intime dans l’univers de Sofia, son dernier film. 

Les visages sont bruts comme la vie et les sentiments. Sofia est pour nous un film d’engagement, un constat cru et implacable sur la situation des femmes au Maroc. 

Il dépeint l’absurdité d’une précarité sociale d’une femme qui tombe enceinte hors mariage.

Il parle aussi de la famille, des classes sociales et du poids de la tradition qui pèse même sur celle qui pense en être exempt. Son film reste en mémoire.  

Il a d’ailleurs obtenu au Festival de Cannes « Un certain regard » le prix du meilleur scénario.

 

En écriture d’un second long métrage, Meryem est venue incarner son POUVOIR - celui d’être elle, pleinement, puissamment. Nous lui avons posé des questions sur cette une notion complexe qui induit le meilleur comme le pire. 

POUVOIR est une notion ambiguë - aujourd’hui peu défendue. Et pourtant, pour nous, tu es une femme de POUVOIR. Est-ce que tu te définis comme tel ? 

Pour être franche, j’ai du mal à répondre à cette question avec la même spontanéité que vous. 

Peut-être qu’en tant que femme, il y a encore des injonctions ancrées en moi qui m’empêcheraient d’assumer pleinement le pouvoir dont je me suis emparée par la force de mon travail. 

Les hommes sont tout a fait à l’aise avec le pouvoir - et même l’abus de pouvoir - alors que nous, les femmes, nous devons probablement encore déconstruire le sentiment de ne pas être tout a fait légitimes de se l’approprier et de l’exercer.

Que t’inspire la notion de POUVOIR ? A-t-elle une dimension d’innée ou d’acquis ? 

Le débat qui existe autour de la dimension d’inné et d’acquis est très vaste.

Mais il me semble que l’apprentissage rattaché à un environnement social et politique favorable est nécessaire.  

Ces deux dimensions doivent coexister ensemble pour porter leurs fruits.

Est-ce que les femmes de ton entourage t’ont montré la voie, encouragé à prendre le pouvoir ? 

J’ai grandi dans une famille de femmes et au final côtoyé très peu d’hommes au cours de mon enfance et adolescence. 

J’ai vu les femmes de ma famille se battre pour que leurs voix soient entendues. Je les ai vu aussi contourner les règles d’une société patriarcale pour préserver leurs intérêts et ceux de leurs enfants. 

Je pense avoir intégré assez tôt qu’accéder à une forme de pouvoir en tant que femme était probablement nécessaire pour accéder à une forme de liberté. 

Que signifie prendre le pouvoir ? Est-ce que selon toi les femmes doivent le prendre? 

Il est évident qu’il est vain d’attendre que les hommes, notamment ceux qui occupent des postes décisionnaires, s’assoient sur leurs privilèges pour partager avec nous, leur part du gâteau. Nous devons occuper la place que nous méritons, tout en travaillant ensemble à déconstruire les fondements du patriarcat. Sans un contexte socio-politique équitable et de vraies remises en question de nos principes fondateurs, c’est impossible.

Pourquoi selon toi beaucoup de femmes ont dû mal à se dire « femme de pouvoir » ?

Nous sommes encore prisonnières des injonctions que l'on subit depuis toujours. Ces injonctions se transmettent dans les médias mais également dans l’éducation que l’on reçoit aussi par des femmes. Il est bien plus difficile de se libérer de notre propre asservissement, que de se libérer des chaînes de la domination masculine. Bien sûr l’un et l’autre sont intimement liés, mais si déjà nous arrivons au quotidien à questionner puis briser ces règles qui sont inscrites dans notre inconscient nous pourrons vivre sans aucune culpabilité. Je crois que c’est la première étape qui mène à la liberté.

6. As-tu déjà rencontré une situation où l’on t’a fait comprendre que « femme » et « pouvoir » n’était pas compatible ?  

Tout a fait. J’ai fait quelques rencontres amoureuses dans lesquelles les hommes me faisaient comprendre leur besoin de sécurité comme preuve d’engagement. 

Je sentais, alors, que mon ambition était un frein à ce sentiment de sécurité. 

Très souvent il s‘agissaient d’hommes qui avaient pour eux même de grands projets, de grandes idées. Ils n’acceptaient que trop difficilement qu’une femme puisse exister en dehors de l’image que eux s’en faisaient. 

Ce type de « déception » m’a toujours un peu fait sourire. Au final, leurs idées étaient bien trop petites, je pense. 

 La Fondation des Femmes remet au coeur du débat la notion d’argent comme un véritable pouvoir pour faire bouger les lignes et développer les actions menées par les associations. Penses-tu que que POUVOIR et ARGENT soient ambiguë ? 

Pour moi il n’y a rien d’ambigu. Lorsqu’il s’agit de porter des projets, qu’ils soient artistiques ou associatifs, il est essentiel que les structures suivent. 

Pouvoir et argent sont intimement lié. 

Plus vous aurez de l’argent plus votre pouvoir d’action sera grand. 

C’est pour cela qu’il est essentiel de garder en tête que le pouvoir est aussi un privilège dont certains peuvent abuser, et qu’il reste aussi difficilement accessible pour d’autres. Le déterminisme existe et nier son existence c’est aussi faire preuve d’une grande arrogance.

Pour quelle femme de pouvoir as-tu le plus d’admiration ? 

Oprah Winfrey suscite toute mon admiration. Elle est à la fois productrice, éditrice, critique littéraire, animatrice et bien d’autres choses encore…

Elle a résisté à toutes les épreuves de la vie pour devenir la reine du talk show américain ! C’est aussi une femme d’affaire engagée dans beaucoup de combats : l’éducation des jeunes filles en Afrique du Sud, la représentation des afro-américaines dans les médias, l’empowerment ou encore le mouvement #metoo. 

C’est une femme qui prône la sororité et le prouve par ses actions. 

Je l’adore elle est très inspirante !

3 conseils pour les femmes qui veulent s’emparer et développer leurs pouvoirs : 

- sincérité.

- sororité.

- ténacité.

Quel est ton pouvoir magique ? 

Le pouvoir de l’imaginaire je suppose. C’est avec une idée que tout commence, d’abord l’histoire puis le film. 

Retrouvez l'univers de Meryem sur :

@benmbarekmeryem

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